Ce matin, impossible de courir : la nuit a été trop courte, et j’ai préféré récupérer une heure de sommeil plutôt que d’enfiler les baskets. 😴 Mais il fallait bien en caser un peu quelque part, alors ce sera le soir. Ciel voilé, je me dis que c’est jouable. Erreur d’appréciation classique : voilé ne veut pas dire frais, et à 17 h 52 il fait encore une chaleur bien lourde. Pas grave, je pars tranquillou, en zones basses, sans ambition. Objectif : faire tourner les jambes, rien de plus.

Et justement, les jambes tournent toutes seules. La forme est là, ça glisse, je me sens bien. Départ idéal.

Quand la montre se contredit

Et là, la Coros commence son numéro. Premier bip : ma FC est trop haute. OK, je note. Deuxième bip, dans la foulée : je cours trop lentement, je suis en dessous de l’allure prévue. …

Quoi ?! 😅 Trop haut et trop lent, en même temps, sur la même sortie. J’ai relu l’écran deux fois pour être sûr de ne pas avoir halluciné. C’est le genre de moment où on se demande si c’est la montre qui débloque ou soi-même.

Sauf que la montre ne débloquait pas du tout. Elle disait juste, à sa manière un peu abrupte, une vérité d’été que je connais pourtant : par ce temps-là, le cœur monte tout seul, sans rapport avec l’allure. Je pouvais lever le pied autant que je voulais, la chaleur, elle, continuait de faire grimper les pulsations. Deux aiguilles qui partent dans des directions opposées, et moi coincé au milieu.

Pourquoi le cœur pompe plus fort quand il fait chaud

L’explication tient en un mot : le corps doit se refroidir, et ça se paie en battements. Quand il fait chaud, mon cœur doit gérer deux clients en même temps, et pas seulement mes jambes. D’un côté, les muscles qui réclament de l’oxygène pour courir. De l’autre, la peau, vers laquelle le corps envoie massivement du sang pour évacuer la chaleur : ce sang chaud remonte des muscles, passe près de la surface, et se débarrasse de ses calories par rayonnement et surtout par la sudation (l’eau qui s’évapore emporte la chaleur avec elle).

Résultat, le flux sanguin est tiraillé entre les deux. Et il y a un cercle vicieux : plus je transpire, plus je perds de l’eau, donc mon volume sanguin baisse. Le sang qui revient au cœur diminue, chaque battement éjecte un peu moins de sang… alors le cœur n’a qu’une solution pour continuer à alimenter les muscles ET la peau : battre plus vite. C’est ça, la dérive cardiaque de l’été — même allure, même effort perçu, mais dix, quinze, vingt pulsations de plus qui s’ajoutent au fil des kilomètres. La FC ne mesure pas que mon effort de coureur : elle mesure aussi le prix de la climatisation interne.

Courir comme une tortue (et lâcher les répétitions)

Décision rapide : je me concentre sur ma foulée et j’accepte l’évidence — aujourd’hui, je vais courir comme une tortue. Les répétitions prévues au programme ? Aux oubliettes. Aucun intérêt d’ajouter de l’intensité à un cœur qui est déjà en train de déborder tout seul.

Sauf que même en trottinant, même en me forçant à la lenteur, rien à faire : la FC continue de grimper. Pas à cause de moi — malgré moi. Elle monte, elle monte… jusqu’au moment où elle est franchement trop haute, avec encore 4 km à faire pour rentrer. Là, le calcul est vite fait : continuer serait complètement contre-productif. On n’entraîne rien de bon en cuisant son cœur pendant une demi-heure de plus. La bonne décision, la seule, c’est de s’arrêter.

Alors j’appelle ma moitié pour qu’elle vienne me récupérer. Zéro honte : mieux vaut un covoiturage qu’une séance qui abîme plus qu’elle ne construit. (Merci mon amour. 🙏)

L’idée de génie du point de rendez-vous

Et c’est là que ça devient rigolo. En allant vers le point de rdv, je regarde ma montre : 175. Le cœur est encore haut, bien chaud. Et au lieu d’attendre gentiment ma voiture, l’ampoule s’allume : tiens, c’est exactement le moment de tester une FCmax.

Ma FCmax est calée à 186 dans la montre. Je pousse fort, à fond, 2 minutes max… et paf : 195. Neuf pulsations de plus. Et le plus fou, c’est que je sentais que j’aurais pu monter encore.

Pour situer : à 55 ans, 195, c’est une très belle valeur. Les formules classiques me prédisent bien plus bas — le fameux 220 − âge = 165, et même la formule réputée plus fine pour les quinquas (Tanaka, 208 − 0,7 × âge) me donne 170. J’étais donc 30 battements au-dessus de l’estimation théorique. Comme quoi ces formules restent des moyennes de population : utiles pour dégrossir, à côté de la plaque pour un individu donné. La vraie FCmax, ça se mesure, ça ne se calcule pas.

Épilogue

Une fois refroidi, les jambes étaient déjà reparties, prêtes à courir. Le corps qui dit « ah bah maintenant que tu ne me cuis plus, on peut y aller ! ». Trop tard pour aujourd’hui — mais ça, ce sera pour demain, à la fraîche, comme il faut.

Bilan de cette sortie ratée qui n’en est pas vraiment une : 8 km trottés, un test de FCmax, et surtout la piqûre de rappel de la règle d’été numéro un — quand il fait chaud, c’est le cœur qui commande. La montre a eu raison sur toute la ligne. Deux fois. Même si sa façon de le dire manque un peu de tact.


Envie de voir le grand écart en données ? La courbe qui monte pendant que l’allure traîne, les zones, et le pic à 195 lap par lap sont dans le billet fit de la séance.