Parti à 6 h 56, avant que ça tape : l’air était encore frais, le soleil rasant, mon ombre tirée sur toute la largeur du chemin. Rien d’héroïque au programme — sept kilomètres tout tranquilles pour digérer une semaine chargée et un troisième jour de course d’affilée. Mais après la sortie brûlante de la veille, où je trottinais avec le cœur planté au seuil, je voulais voir une chose en données : est-ce que le cœur redevient sage quand on lui enlève la chaleur.
temps en zones FC · Coros
Récup 17 % · Aérobic End. 81 %
Détail des 2 kilomètres
| km | temps | allure | FC | D+ |
|---|---|---|---|---|
| 1 (0,71 km) | 5:00 | 7:03 | 115 | 6 m |
| 2 | 46:58 | 6:46 | 145 | 29 m |
Réponse : oui, franchement. Hier, à trottiner à plus de 7'00/km, je passais 41 % du temps au seuil ou au-dessus. Ce matin, à peine plus vite (6'47/km de moyenne), le cœur est resté à 142 de moyenne — le milieu exact de ma zone 2 — et n’a jamais dépassé 159. Sur toute la séance, 81 % du temps en zone 2, près de 98 % en zone 1-2. C’est à quoi ressemble un footing qui fait son travail : le moteur aérobie qui tourne sans jamais s’emballer. La seule variable qui a changé entre les deux sorties, c’est la température. La preuve, s’il en fallait une, que la déroute d’hier venait du thermomètre et pas d’une baisse de forme.
Un mot sur ces zones, justement : elles viennent de bouger. Coros a relevé mon seuil cardiaque — le LTHR, le point où l’organisme bascule dans l’effort qui ne tient plus longtemps — de 166 à 171 battements, et décalé mes six zones vers le haut dans la foulée. Attention au contresens : ce n’est pas un gain de forme. Mon allure au seuil et mon VO2max n’ont pas bougé d’un pouce. C’est un simple recalage d’échelle : la montre a d’abord révisé ma fréquence cardiaque maximale à 195 — le pic de la relance d’hier, sous la fournaise — et elle repositionne mécaniquement le seuil pour qu’il reste aux alentours de 88 % de ce maximum. Le seuil a suivi le plafond, rien de plus.
J’adopte la nouvelle grille, mais avec des pincettes. Ce 195 a été lu au capteur optique du poignet, pas à la ceinture thoracique, sur un sprint en fin de journée caniculaire : ça peut être un vrai plafond jamais atteint jusqu’ici comme un artefact passager. Je remets donc la ceinture aux prochaines occasions qui comptent — chaleur, sortie longue, test — et le vrai juge de paix sera un test de seuil début septembre. Si d’ici là aucun effort soutenu ne repasse dans les 190, je corrigerai la FC max et le seuil redescendra tout seul. En attendant, une chose me rassure : ce footing tombe presque intégralement en zone 2 sur les deux grilles, l’ancienne comme la nouvelle. La lecture « aérobie propre » tient quoi qu’il arrive.
La petite dérive de fin de séance, elle, est surtout du relief. Si on regarde vite, l’allure recule en deuxième moitié — de quoi crier à la fatigue. Mais la FC, elle, ne bouge quasiment pas (+4,7 bpm entre les deux moitiés, une pente très douce). Et le profil d’allure est en dents de scie, de 5'20 à 9'00 au kilomètre : ce n’est pas un cœur qui lâche, c’est un chemin qui monte et qui descend, avec des relances. Une bonne partie de ce que l’indicateur appelle « dérive » est en réalité du terrain. Sur trois jours de course enchaînés et par une semaine à forte chaleur, des jambes qui tiennent ce cap-là sans faire monter le cœur, c’est le corps qui encaisse bien la charge.
Petite note habituelle : la trace est volontairement tronquée de quelques centaines de mètres au départ et à l’arrivée. Les statistiques, elles, portent sur la totalité de la séance.
